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Jean Zay

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"La culture, c'est de remonter à ce qu'il y a d'éternel dans l'homme, trouver le visage éternel de l'homme par delà les diversités, donc c'est la paix"

LE JARDIN SECRET

d’après SOUVENIRS ET SOLITUDE de Jean Zay

 

Un projet de

Pierre Baux et Benoit Giros

 

Jean za y

Jean Zay est un homme politique français, né à Orléans (Loiret) le 6 août 1904 et mort assassiné par des miliciens à Molles (Allier) le 20 juin 1944.

En 1932, il est élu député du Loiret (radical-socialiste). Il est alors le plus jeune député de France. Il devient, à 32 ans, le 4 juin 1936, membre du gouvernement du Front populaire comme ministre de l’Éducation nationale et des Beaux-Arts.

Il reste ministre jusqu’à sa démission le 2 septembre 1939 pour rejoindre l’armée.

Il aura été un des grands ministres de l’Éducation nationale, allongeant la scolarité obligatoire jusqu’à 14 ans, créant les classes de plein air ou les sorties scolaires dans les musées.

On lui doit notamment le CNRS et l’idée de l’ENA dans l’optique d’une démocratisation de l’élite administrative.

 

Dénoncé pendant des mois par une violente campagne de presse qui réclame la condamnation à mort du « Juif Jean Zay » comme Juif, franc-maçon, antimunichois, antihitlérien et ministre du Front populaire, il est interné le 20 août 1940 à la prison militaire de Clermont-Ferrand.

Le 4 octobre 1940, il est jugé par un tribunal militaire, comme officier, pour désertion en présence de l’ennemi. Il est condamné à la déportation à vie et à la dégradation militaire.

De sa prison de Riom, Jean Zay continue à recevoir régulièrement sa femme Madeleine et ses deux filles, Catherine et Hélène. Il écrit et communique avec ses amis. Il fait le choix de rester dans la légalité et refuse une évasion que la Résistance aurait pu réaliser sans peine. Il continue à travailler pendant sa captivité, préparant les réformes qu’il veut mettre en oeuvre après la Libération.

En 1944, il écrit à Madeleine qu’il est transféré à la prison de Melun, où il n’arrivera jamais. Son corps sera retrouvé dans un bois de l’Allier, à Cusset, en 1946.

SOUVENIRS ET SOLITUDE

Pendant sa captivité, de 1940 à 1944, Jean Zay écrit Souvenirs et solitude . Il y décrit les sentiments qu’il ressent dans la solitude de sa cellule, commentant l’actualité telle qu’il en a connaissance et revenant sur son parcours politique. Le manuscrit sort des murs de la prison dans le landau de sa fille Hélène. SOUVENIRS ET SOLITUDE raconte la transformation de Jean Zay. D’homme d’action engagé, il devient un « inactif forcé », un emprisonné, un observateur, puis progressivement un philosophe, un sage. Plonger dans son journal, c’est explorer l’esprit d’un homme qui raconte les différents états provoqués par sa solitude absolue. La souffrance mais aussi l’illumination. Mais c’est aussi lire en détail l’état de la société française de 1939-1944. En effet, s’observant avec une telle minutie, Jean Zay décrit aussi ce que vit la société française, enfermée dans la collaboration avec l’Allemagne, paralysée par la défaite et la peur. À travers cette exploration de l’intime, il parvient à atteindre une compréhension plus large. Il dépasse la violence et l’antisémitisme pour mieux les combattre. En choisissant d’accepter sa condition de prisonnier et avec l’aide de la littérature, en apprivoisant l’écriture et la philosophie, Jean Zay va se libérer et transformer un parcours de mort en un chemin de lumière.

 

UN TEXTE D’AUJOURD’HUI

De tout temps, Jean Zay a écrit. Depuis les Chroniques du grenier de son adolescence à sa bouleversante dernière lettre à sa femme Madeleine, où croyant lui annoncer sa libération, il lui raconte sa mort à venir. Avec Souvenirs et solitude , outre l’intérêt historique de sa vision et de son action politique, il se sert de moyens littéraires pour exprimer sa condition de prisonnier. Sa lecture de grands textes sur l’enfermement (Dostoïevski, Verlaine, Oscar Wilde) lui permet de comprendre et de suivre le chemin qu’il est en train de parcourir. C’est sur ce témoignage de l’emprisonnement que nous avons choisi de nous focaliser. C’est lui qui donne l’idée de la dimension qu’acquiert Jean Zay au fur et à mesure des jours de prison qui s’écoulent. Il pose la question de la nécessité de l’enfermement comme remède aux maux de notre société. Il témoigne de la souffrance métaphysique faite au prisonnier. Il pose la question de la résistance, de l’élévation par la douleur, de la nécessité de rester éveillé, de l’impossibilité de vivre dans une cellule. Les sentiments qui étreignent cet homme sont ceux qui étreignent la société française à cette période. Ils sont aussi ceux qui nous constituent, aujourd’hui, nous, enfermés dans nos peurs, nos habitudes et notre aveuglement. Quelles armes déployons-nous aujourd’hui pour lutter contre la violence et la haine, terroriste, médiatique ou gouvernementale ? Et pour lutter contre notre enfermement ?

LE SPECTACLE

Un homme dans un fauteuil retrace ses sensations durant quatre années de captivité. On ne sait pas qui il est. C’est un parcours sensible. Le fantôme de Jean Zay ? Ses écrits qui s’incarnent ? Peut-être mais on ne l’apprendra que très tard.

Nous racontons les sensations d’un prisonnier, son chemin dans la solitude. Sa manière philosophique de vivre. Que découvre-t-il dans cette cellule où il souffre, cultive son jardin, lit, écrit, réfléchit? Lorsqu’il parle de solitude, c’est celle de l’être humain qu’il explore. Celle que nous connaissons tous. Notre enfermement. Trésor en partage de l’humanité. Nous ne gardons aucune trace de l’époque 39-40. Nous regardons l’homme au plus près, non pas sa fonction, ni la société qui l’a rejeté mais ses sentiments, son appréhension de la solitude. Par le silence et la poésie, nous racontons l’histoire d’un homme qui grandit en prison, et regarde le monde depuis l’intérieur de lui-même. Il s’ouvre au monde au fur et à mesure de sa détention.

Le dispositif scénique

La parole de Jean Zay sort des souterrains d’Orléans. Nous allons rentrer dans la lecture du journal pour faire sortir la parole de Jean Zay. Nous allons plonger les spectateurs dans l’atmosphère d’une vie en cellule pour raconter qu’un chemin de liberté s’y dessine. Au jour le jour. Un acteur assis dans un fauteuil, parle, raconte et revit sa détention, sa libération. Devant lui, par terre, des objets fabriqués par les prisonniers pour pallier la censure imposée sur certaines marchandises, et continuer ainsi à créer, inventer, fabriquer.

 

Réchauds bricolés dans des boîtes de thon et des tubes de harissa.

Chaises rembourrées avec de la mousse et du scotch marron.

Résistances faites de fourchettes et de bouts de bois pour chauffer l’eau de la Ricoré.